28 novembre 2015

ENG - H for Heroin and Harlem

In the words of Raymond Nelson, each one of the Harlem domestic stories studies a "peculiar institution": "street gang, political and homosexual subculture, heroin trafficking, etc." 1
The Heat's on was written in 1961. The action takes place in the large heroin trafficking set up in New York from 1950.  As we know, the heroin was produced in laboratories of the Marseilles hinterland. The traffic was in the hands of Marseilles Corsican mobsters (the French connection) and the American mafia.

The end of The Heat's on clarifies the context of the plot. A load of heroin - nearly 5 kg of pure heroin – left France in a French liner. US police was monitoring this boat but when arriving in New York harbour, heroin was loaded on a small speedboat. To foil the surveillance of police, heroin was concealed in five large black eels waiting to be fished. And in the words of a T-Man, "Eel skins stuffed with heroin. Waterproof. That’s a clever dodge. Only a Frenchman would think of it."

The particular angle of The Heat's on concerns the attempt of small black Bronx hoodlums to seize crumbs of the resale market for heroin in Manhattan. While Grave Digger, wounded by two white bandits, is in a coma, Coffin Ed expresses amazement at the lack of awareness of these petty criminals: "Small-time dog-ass little Harlem hustlers on the fringe of the narcotics racket. Pee-wee coloured scrabblers for a dirty buck. How do they get mixed up in this business? "
Himes focuses on two aspects.
The first lies in the damages induced by trafficking among Harlemites: physical deterioration, destruction by the importance of money at stake of any link between blacks, and total dehumanization of the racketeers. The second is the indifference of politicians and policemen to the fate of black youth. "All the crimes committed by addicts - robberies, murders, rapes ... All the fucked up lives ... All the nice kids sent down the drain on a habit ... Twenty-one days on heroin and you’re hooked for life ... Jesus Christ, mister, that one lousy drug has killed more people than Hitler. And you call it minor?"

In the last lines of the novel, as a wink to the readers of the Série noire, and to make up for the French connection, France is dealt with in a more positive light: Coffin Ed, his wife and Lieutenant Anderson drink two cognacs, two Pernod and a Dubonnet in a Broadway French bar.
The Heat’s on is a significant step in the evolution of the Harlem domestic stories: the little thugs from the Bronx are despicable but still human. Facing them, the white killers of organized crime are ruthless. The issues at stake have changed and have a wider scope.

Unfortunately for the French readers, the French translation in the Série noire suffers, among other things, from the bad knowledge of the American drugs lexicon by the translators of the 1960’s. They lack words, they do not understand “the slang idiom of heroin (which) is extensive and in large part resourceful and poetic.” 2


1 Raymond Nelson, "The Detective Fiction of Chester Himes, in The Critical Response to Chester Himes, LP Silet (ed.), Greenwood Press, 1999.
2 Tom DALZELL, The Slang of Sin, Merriam Webster, 1998.


H comme héroïne et Harlem… et Himes


Comme l’a écrit Raymond Nelson, chaque roman de Himes étudie une "institution particulière" : "gang de rue, politique et sous-culture homosexuelle, trafic d'héroïne, etc." 1
The Heat’s on (Ne nous énervons pas !)  a été écrit en 1961. L’action se situe dans le cadre du grand trafic d’héroïne mis en place à New York à partir des années 1950.  On le sait, cette héroïne était produite dans des laboratoires de l’arrière-pays marseillais. Le trafic était aux mains de truands corses de Marseille (la French connection) et de la mafia américaine.
La fin de Ne nous énervons pas ! clarifie tous les éléments du contexte de l’intrigue. Un chargement d’héroïne – 5 kg d’héroïne quasiment pure – a quitté la France dans un paquebot français. Ce bateau est surveillé par la police américaine mais, en arrivant dans le port de New York, l’héroïne est chargée sur un petit bateau rapide. Pour déjouer la surveillance des policiers, l’héroïne est dissimulée dans cinq grosses anguilles noires. Il n’y a plus qu’à les pêcher. Et comme le dit un policier de la brigade financière : "Des peaux d’anguille bourrées d’héroïne. Étanches. Quelle couverture astucieuse ! Seul un Français  pouvait en avoir l’idée."

L’angle particulier de Ne nous énervons pas ! concerne la tentative de petits trafiquants noirs du Bronx pour s’emparer des miettes du marché de revente de l’héroïne à Manhattan. Alors que Fossoyeur, blessé par deux bandits blancs, est dans le coma, Ed Cercueil exprime sa stupéfaction devant l’inconscience des petits malfrats : "Des petits voyous minables de Harlem à la marge du trafic des stupéfiants. Des gamins noirs se battant pour de l’argent sale. Comment s’étaient-ils trouvés mêlés à cela ?"

Himes relève avec gravité deux aspects du phénomène. Le premier est les ravages occasionnés par ce trafic chez les habitants de Harlem : déchéance physique, destruction par l’importance de l’argent en jeu de tout lien entre les Noirs et totale déshumanisation des trafiquants. Le second est l’indifférence des responsables politiques et policiers au sort de la jeunesse noire. " Tous les crimes commis par les drogués - cambriolages, meurtres, viols… Toutes ces vies foutues… Tous ces gamins bousillés par la drogue… 21 jours d'héroïne et on est dépendant à jamais… Jésus-Christ, Monsieur, cette saloperie de drogue a déjà tué plus de gens qu'Hitler. Et vous appelez ça un délit? "

Dans les dernières lignes du roman, comme un clin d’oeil adressé aux lecteurs de la Série noire, la France apparaît, en contradiction avec la French connection, sous un jour plus chaleureux : Ed Cercueil, sa femme et le lieutenant Anderson boivent deux cognacs, deux Pernod et un Dubonnet dans un bar français de Broadway.

Ne nous énervons pas ! constitue une étape significative dans l’évolution du cycle de Harlem : les petits malfrats du Bronx sont abjects mais encore humains. Face à eux, les tueurs du crime organisé (blanc) sont impitoyables. Les enjeux se sont déplacés et ont gagné une autre envergure.


Malheureusement, la traduction française dans la Série noire souffre, entre autres choses,  de la méconnaissance du lexique américain de la drogue par les traducteurs des années 1960. Par exemple, “quand Fossoyeur s’insurge contre la tolérance à l’égard des revendeurs de drogue en disant : ' He looks into their faces and puts the poison in their hands. He watches them go down from sugar to shit ', la deuxième phrase propose un jeu de mots morbide entre le sens premier de la locution : 'Il les regarde descendre du bon au mauvais' et son sens dans le lexique de la drogue : 'Il les regarde tomber de l’héroïne faiblement dosée fumée ou inhalée – sugar – à l’héroïne injectée – shit'. La traduction française se raccroche au sens propre des mots, toujours dans une version montmartroise : 'Et c’est sous ses yeux que le miel de la terre devient de la mouscaille." 2


1 Raymond NELSON, "The Detective Fiction of Chester Himes", The Critical Response to Chester Himes,  L.P. Silet (dir.), Greenwood Press, 1999.
2 Sylvie ESCANDE, Chester Himes, l'unique, L'Harmattan, 2013.



Recherché

Recherché : l'auteur de la notice de Ne nous énervons pas ! dans Google Books


Google Books présente Ne nous énervons pas !

"Tout à fait différent, ce roman de 1961 est un conte de fées très dur où s'affrontent un Noir albinos et tyrannique, et un autre Noir très foncé, géant et inoffensif. Ces deux personnages fabuleux se livrent sereinement au trafic de la drogue qu'essaient d'endiguer les comparses détectives Ed Cercueil et Fossoyeur, dans un Harlem plus vrai que nature."


Le roman ne se passe quasiment pas à Harlem, ce n'est vraiment pas un conte de fées et le trafic de l'héroïne est tout sauf serein. Les deux détectives sont des inspecteurs de police et en aucune façon des comparses. Quant aux deux Noirs, c'est un seul et même homme, l'albinos qui s'est passé à la teinture noire .

Tout n'est cependant pas faux : le roman date bien de 1961.
Pauvre Chester !