26 novembre 2014

De "Qu’on lui jette la première pierre" à "Hier te fera pleurer "


L’histoire de ce beau roman est intéressante à plusieurs titres. Il est publié en 1953 sous le titre Cast the First Stone (Qu’on lui jette la première pierre – 1953). Tout d’abord, son héros, Jimmy Monroe, est blanc, même si le roman contient beaucoup d’éléments autobiographiques : l’accident entraînant la cécité du frère, la vie en prison, les relations amoureuses avec d’autres détenus et l’incendie. On se rappelle que Himes a été condamné en 1928 à 20 ans de prison au pénitencier d’État de l’Ohio pour un cambriolage à main armée, après plusieurs autres faits crapuleux. Une révision de son dossier après l’incendie dramatique du pénitencier qui a fait plus de 300 victimes lui vaut une réduction de peine. Il sort en 1936. Dans les premières nouvelles écrites en prison par Himes et qui sont publiées par des magazines destinées aux lecteurs blancs (Esquire, Coronet), on chercherait vainement quelque indice montrant que l’auteur est noir. Il existe aux États-Unis, pendant et après la deuxième guerre mondiale, menée contre le racisme en Europe, une contradiction entre être noir et écrivain. Ou plus subtilement il semble qu’il y aurait, avec Richard Wright et Ralph Ellison, suffisamment d’écrivains noirs.

Le manuscrit de Himes est refusé par plusieurs éditeurs. Celui qui l’accepte finalement (Coward Mc Cann) lui impose des changements importants auxquels Himes consent pour des raisons financières. Quand, plus de 40 ans après, en 1998, le livre reparaît, tel que Himes l’avait écrit, sous le titre Hier te fera pleurer (Yesterday Will Make You Cry)[1], l’« editor » du livre écrit : « Ce roman, totalement négligé, a été épuisé aux États-Unis après sa parution en 1953. Ce que l’on pourrait considérer comme une mésaventure peut aussi être une chance – car rester sur des étagères de bibliothèque était ce qui pouvait arriver de mieux à Qu’on lui jette la première pierre. » Et il donne des détails sur les restaurations qui ont dû être apportées au livre : « C’est un livre totalement différent dont une grande partie avait été supprimée par les éditeurs de Himes chez Coward Mc Cann. Ils ont bouleversé la structure du livre et ont changé l’ordre des chapitres, réécrivant même certains passages. » Ces coupes avaient, en particulier, censuré l’humanité et la sensibilité du héros. Elles réduisaient Qu’on lui jette la première pierre à un roman de prison violent. Ce n’était pas le projet de Himes.




[1] Chez Old School Books




1 commentaire:

  1. Dans sa conversation avec son ami John A. Williams, Chester Himes mentionne au moins 2 romans qu'il a dû vendre à deux différents éditeurs car le premier n'était pas assez rapide pour l'acheter et il avait besoin d'argent. C'était une question de survie. Ce n'est pas étonnant que "Qu'on lui jette la première pierre" ait subi tant de remaniement avec une résistance relative de Himes. Il fallait bien vivre.
    Cela dit, il est indéniable que son roman "Yesterday will make you cry" avait pour but bien plus que la violence dans les prisons. Il est question de l'incendie dans sa prison, événement traumatisant car il en a déjà parlé dans "To What Red Hell", une nouvelle. De plus, il voulait montrer que dans les endroits les plus violents, il y a de la tendresse et de la douceur. Ainsi, il relate une relation homosexuelle bien avant le livre de James Baldwin (Giovanni's Room publié en 1956).
    Pour moi, "Yesterday will make you cry" est un de ses chefs d'oeuvres.

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