6 février 2014

Himes et James Thurber : une impression de déjà-vu



A deux reprises, en lisant Plan B puis Mamie Mason ou un exercice de la bonne volonté, j’ai eu comme une impression de déjà vu, de quelque chose de familier.

Il s’agissait dans les deux cas de mouvements collectifs brusques de poursuite, de raid, de volte-face : dans Plan B, la guerre se situe entre les Blancs et les Noirs, dans Mamie Mason, entre les femmes noires et les femmes blanches. Le lien s’est enfin précisé. Il s’agissait de La guerre entre les hommes et les femmes (The War Between Men and Women), une  bande dessinée d'une quinzaine de vignettes, de James Thurber.

« À la suite de la diffusion d’une rumeur selon laquelle [Mamie Mason] ne cherche qu’à abâtardir la race blanche, un journal évoque « les raids massifs de femmes noires sur tous les hommes blancs ». La deuxième phase de cette guerre est marquée par la radicalisation des positions des femmes blanches. En dignes descendantes des « pionniers qui ont vaincu les peaux-rouges », elles s’affirment décidées à « répondre aux armes par les armes » et se tournent vers les moyens les plus divers de devenir noires. La panique gagne alors les femmes noires. Les antagonismes raciaux s'affirment dans de grands mouvements où opinions et actions des protagonistes sont schématisées à l'extrême. Il n'y a plus de place pour l'individu ; seules subsistent des catégories génériques, telles que « les femmes noires », « les femmes blanches », « tous les hommes blancs de plus de quarante ans ». 

La forme littéraire employée est, par ailleurs, la plus apte à faire imaginer un mouvement de foule, brusque, explosif même, sans nuances. Il s’agit toujours d’un élan – un groupe en poursuit un autre, un groupe fuit devant un autre – et de brusques revirements. Le même phénomène se lit dans Plan B. Après le massacre de plusieurs dizaines de Noirs par la police, les Blancs sont saisis d’horreur. Leur culpabilité collective se traduit de différentes façons : collecte extravagante de sang, expiation publique, manifestations de deuil personnel et officiel. Lorsque la commission d’enquête révèle que le massacre a commencé après la mort de trois policiers abattus par un franc-tireur armé d’un fusil mystérieux, la situation se renverse. « L’excitation remplaça l’orgie de culpabilité. Pourquoi devraient-ils regretter la mort de quelques Noirs tués par les policiers alors que leur vie à tous était en danger ? Était-ce trop demander que d’être en sécurité dans leur propre pays, leur propre foyer, leur propre vie ? L’excitation se transforma en colère. N’en avaient-ils pas assez fait pour les Noirs qui leur avaient été imposés par leurs ancêtres ? Était-ce eux qui avaient amené les Noirs d’Afrique ? Inévitablement, ce ressentiment donna lieu à de nombreuses hostilités sans aucune mesure, de part et d’autre de la ligne de séparation des couleurs. »

Chester Himes, l’unique

Sur la page Images de The War Between Men and Women (sur Google), on peut voir, parmi d'autres dessins de Thurber et des photos du film qui en a été tiré, plusieurs vignettes de la série. On les reconnaît aisément : elles ont un numéro (en chiffres romains) et une très courte légende


Images La guerre entre les hommes et les femmes



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